« Brèches et zones d’ombre : cartographier l’invisible »



On croit vivre dans un monde structuré, où chaque espace est attribué, chaque trajectoire calculée. Mais sous la surface, il y a des failles. Des brèches que peu veulent voir, des interstices où s’engouffrent ceux qui refusent d’être assignés à résidence. Depuis plus de deux décennies, je traque ces espaces, les ouvre et les occupe.

Il y a ceux qui s’accrochent aux murs, ceux qui les repeignent en croyant les réinventer, et il y a ceux qui creusent derrière pour trouver des passages. L’État surveille, contrôle, tente d’endiguer le mouvement. Mais l’Histoire le prouve : rien n’est immobile. Tout est flux, tensions et rééquilibrages. Ce que l’on appelle « marges » n’est qu’une autre façon de nommer les zones de friction où naissent les véritables transformations.

Vivre à Marrakech, au cœur de la médina, m’a plongé dans une nouvelle lecture de ces dynamiques. Ici, l’informel n’est pas une exception, c’est la règle. Tout fonctionne par réseaux, par interconnexions souterraines que même les institutions peinent à cartographier. Pendant trois ans à la prison de Loudaya, j’ai vu cette même logique à l’œuvre : une organisation parallèle, auto-administrée, qui survit en dépit de tout.

Aujourd’hui, ce blog ouvre une fenêtre sur cette cartographie de l’invisible. Je ne cherche pas à raconter une vérité figée, mais à documenter ce que l’on ne regarde pas. Zones autonomes, luttes invisibles, stratégies de survie : ce qui échappe au radar officiel est souvent ce qui façonne réellement le monde.

Si l’on veut comprendre, il faut s’approcher des failles. C’est là que tout commence.


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