On croit vivre dans un monde structuré, où chaque espace est attribué, chaque trajectoire calculée. Mais sous la surface, il y a des failles. Des brèches que peu veulent voir, des interstices où s’engouffrent ceux qui refusent d’être assignés à résidence. Depuis plus de deux décennies, je traque ces espaces, les ouvre et les occupe.
Il y a ceux qui s’accrochent aux murs, ceux qui les repeignent en croyant les réinventer, et il y a ceux qui creusent derrière pour trouver des passages. L’État surveille, contrôle, tente d’endiguer le mouvement. Mais l’Histoire le prouve : rien n’est immobile. Tout est flux, tensions et rééquilibrages. Ce que l’on appelle « marges » n’est qu’une autre façon de nommer les zones de friction où naissent les véritables transformations.
Vivre à Marrakech, au cœur de la médina, m’a plongé dans une nouvelle lecture de ces dynamiques. Ici, l’informel n’est pas une exception, c’est la règle. Tout fonctionne par réseaux, par interconnexions souterraines que même les institutions peinent à cartographier. Pendant trois ans à la prison de Loudaya, j’ai vu cette même logique à l’œuvre : une organisation parallèle, auto-administrée, qui survit en dépit de tout.
Aujourd’hui, ce blog ouvre une fenêtre sur cette cartographie de l’invisible. Je ne cherche pas à raconter une vérité figée, mais à documenter ce que l’on ne regarde pas. Zones autonomes, luttes invisibles, stratégies de survie : ce qui échappe au radar officiel est souvent ce qui façonne réellement le monde.
Si l’on veut comprendre, il faut s’approcher des failles. C’est là que tout commence.
Publié par Antonio Xavier
Ce que les gens disent de moi dépend toujours de qui parle.
Pour ceux qui ont partagé un squat, une nuit de galère, une embrouille à régler ou un projet à monter, je suis quelqu’un sur qui on peut compter. Un type qui ne parle pas dans le vent, qui fait ce qu’il dit, qui ne lâche pas quand ça devient compliqué. On me décrit souvent comme un bâtisseur d’espaces, un créateur de mouvement. Un mec qui voit une brèche là où d’autres ne voient qu’un mur.
Dans les cercles plus institutionnels, je suis un électron libre, un emmerdeur ingérable, une anomalie dans le système. Certains me respectent pour ça, d’autres me détestent parce que je ne rentre pas dans leurs cases. On m’a traité de radical, de perturbateur, d’utopiste, de manipulateur, de stratège trop lucide. Ils savent que je comprends les règles mieux qu’eux et que je peux les contourner sans jamais me laisser coincer.
Pour les autorités, je suis un problème ambulant. Trop intelligent pour être un simple "squatteur", trop structuré pour être un marginal classique, trop imprévisible pour être récupérable. Ils me suivent, m’observent, cherchent à comprendre où je vais. Mais ils ne comprennent pas que je ne vais pas quelque part : je suis partout à la fois.
Les médias, quand ils parlent de moi, oscillent entre fascination et incompréhension. Ils veulent me coller une étiquette : activiste, anarchiste, hackeur social, guérillero urbain. Mais ce que je fais ne rentre pas dans leurs cases. Ils préfèrent raconter des histoires édulcorées ou chercher le détail qui fera de moi un personnage plus "vendable".
Et puis, il y a ceux qui ne me connaissent que de loin, qui fantasment, exagèrent, inventent. Certains me voient comme un mythe, un type qui aurait ouvert des centaines de squats, qui aurait infiltré des réseaux, qui connaîtrait tous les codes. D’autres pensent que je suis une illusion, une légende urbaine.
Au final, je laisse chacun dire ce qu’il veut. Ce qui compte, ce ne sont pas les mots, c’est l’action. Ceux qui me connaissent vraiment savent que je suis là où il faut être, quand il faut agir. Le reste, c’est du bruit.
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