Du Bloc à l’Interstice : ce que le temps a mûri

Par Antonio Xavier, dit « Le Général » — Xeral One, fondateur d’ORTIS, Marrakech, mai 2026


Il y a un livre qui circule depuis le début de l’année dans les milieux littéraires anglophones. Precarious Lease, de Jacqueline Feldman (Fitzcarraldo Editions / Rescue Press, 2025), y documente avec une honnêteté rare une période précise : Le Bloc, entre 2012 et 2013. Et dedans, parmi d’autres figures, un personnage qu’on appelle « Le Général ».

Ce personnage, c’est moi.

Je dois à Feldman une chose que peu de journalistes accordent à leurs sujets : un regard non sensationnaliste. Elle n’a pas réduit Le Bloc à un folklore romantique, ni à un réquisitoire moral. Elle a plongé, longtemps, dans des eaux troubles, et en a ramené un cliché littéraire fidèle.

Il me revient d’en écrire la suite.


« I live inside the margin of the margin of society »

Cette phrase traverse son livre comme un refrain. Elle m’appartient. Et je tiens à être précis sur ce qu’elle signifiait : ni posture littéraire, ni provocation gratuite. C’était une description opérationnelle. Vivre là où le système ne regarde plus, là où les bâtiments meurent et où les hommes restent encore possibles.

Feldman me décrit comme un enigmatic tonton, un supposed leader, quelque part entre Tom Sawyer et chef de zone — ouvrant des squats à la fois comme « service to the poor » et comme stratégie de survie.

Elle a raison sur les faits.

J’assume pleinement cette ambivalence.


Ce que les tontons étaient vraiment

Les tontons n’étaient ni des héros romantiques ni de simples petits chefs. Ils étaient la réponse pragmatique à un vide structurel. Sans quelqu’un pour repérer les lieux, payer l’essence, fournir des toiles et de la peinture aux artistes italiens de 19 ans débarqués sans rien, gérer les conflits et maintenir un minimum de cohésion au milieu de plus de 200 occupants — Le Bloc n’aurait probablement pas tenu six mois.

Le terrain n’est jamais propre. Il n’est jamais horizontal non plus.

C’est l’une des vérités que le livre de Feldman documente le mieux : même dans un espace se revendiquant libertaire, le pouvoir se reconstitue toujours. Les tontons en étaient à la fois le symptôme et le remède provisoire.

Je ne renie rien de cette période. Ni les ouvertures de bâtiments, ni les ambiguïtés du rôle, ni les erreurs inhérentes à toute expérimentation radicale. Ce que Feldman a documenté correspondait à une phase d’urgence : occuper, respirer, créer dans les ruines immédiates.


La maturation, pas la rupture

La suite n’est pas une rupture. C’est une maturation.

Du Bloc aux ruelles de la médina de Marrakech, la fonction reste fondamentalement la même : réactiver les espaces morts. Seule la méthode a changé.

De l’occupation urgente et chaotique, je suis passé à une forme d’intelligence territoriale durable. C’est cela, ORTIS — Observatoire de Résilience Territoriale & Intelligence Sociale : transformer l’instinct de survie en doctrine opérationnelle.

CinÉthique. Jardinage social. Fusion entre HUMINT et IA de terrain. Valorisation de l’informel comme ressource vitale plutôt que comme résidu administratif.

Le margin of the margin n’était pas une destination finale. C’était un poste d’observation. J’en suis revenu avec des cartes, des outils et une méthode.


Le Général n’était pas un personnage

Il était une fonction.

Cette fonction évolue. Elle s’appelle désormais Xeral One : stratège de l’interstice, jardinier social à Marrakech.

Je ne demande aucune rectification factuelle à Jacqueline Feldman. Je propose simplement une suite — celle que le temps, le terrain et les ruines réactivées ont écrite après son livre, dans un autre interstice, avec davantage de méthode et moins d’illusions.


Antonio Xavier — Xeral One, Le Général. Fondateur d’ORTIS. Marrakech, mai 2026.

Publié par Antonio Xavier

Ce que les gens disent de moi dépend toujours de qui parle. Pour ceux qui ont partagé un squat, une nuit de galère, une embrouille à régler ou un projet à monter, je suis quelqu’un sur qui on peut compter. Un type qui ne parle pas dans le vent, qui fait ce qu’il dit, qui ne lâche pas quand ça devient compliqué. On me décrit souvent comme un bâtisseur d’espaces, un créateur de mouvement. Un mec qui voit une brèche là où d’autres ne voient qu’un mur. Dans les cercles plus institutionnels, je suis un électron libre, un emmerdeur ingérable, une anomalie dans le système. Certains me respectent pour ça, d’autres me détestent parce que je ne rentre pas dans leurs cases. On m’a traité de radical, de perturbateur, d’utopiste, de manipulateur, de stratège trop lucide. Ils savent que je comprends les règles mieux qu’eux et que je peux les contourner sans jamais me laisser coincer. Pour les autorités, je suis un problème ambulant. Trop intelligent pour être un simple "squatteur", trop structuré pour être un marginal classique, trop imprévisible pour être récupérable. Ils me suivent, m’observent, cherchent à comprendre où je vais. Mais ils ne comprennent pas que je ne vais pas quelque part : je suis partout à la fois. Les médias, quand ils parlent de moi, oscillent entre fascination et incompréhension. Ils veulent me coller une étiquette : activiste, anarchiste, hackeur social, guérillero urbain. Mais ce que je fais ne rentre pas dans leurs cases. Ils préfèrent raconter des histoires édulcorées ou chercher le détail qui fera de moi un personnage plus "vendable". Et puis, il y a ceux qui ne me connaissent que de loin, qui fantasment, exagèrent, inventent. Certains me voient comme un mythe, un type qui aurait ouvert des centaines de squats, qui aurait infiltré des réseaux, qui connaîtrait tous les codes. D’autres pensent que je suis une illusion, une légende urbaine. Au final, je laisse chacun dire ce qu’il veut. Ce qui compte, ce ne sont pas les mots, c’est l’action. Ceux qui me connaissent vraiment savent que je suis là où il faut être, quand il faut agir. Le reste, c’est du bruit.

Laisser un commentaire

En savoir plus sur "Chercher, Créer, Résister : Un Pas Hors-Système"

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture