Hassan Goodyear

Le Goodyear Art, quand la chambre à air devient matière vivante

Certains artistes travaillent la toile. D’autres la pierre ou le métal. Hassan Goodyear, lui, travaille la route. Sa matière première est issue du mouvement, de l’usure, du quotidien : la chambre à air. Vélo, moto, voiture, camion, tout ce qui a roulé, frotté, résisté, devient entre ses mains une base de création. Là où l’objet technique termine habituellement sa vie comme déchet, il devient pour lui le début d’une transformation.

Revenu du Japon en 2006, Hassan Goodyear ramène avec lui une sensibilité particulière à la matière et au geste. Le rapport japonais à l’objet, à l’usure, au temps qui marque les surfaces, nourrit progressivement sa réflexion. Il observe, expérimente, accumule, sans forcément encore définir une direction claire. Puis, en 2009, il franchit un cap décisif : il commence à recycler systématiquement les chambres à air. Ce choix marque la naissance d’un langage artistique propre, qu’il développera sous le nom de Goodyear Art.

La chambre à air possède des qualités uniques. Elle est souple, résistante, imperméable, légère. Elle porte aussi les traces du réel : inscriptions industrielles, textures différentes, cicatrices d’usage. Hassan Goodyear ne cherche pas à effacer ces marques. Au contraire, il les utilise comme une signature naturelle. Chaque morceau possède une mémoire. Chaque pièce fabriquée conserve une part de son origine.Son travail consiste alors à découper, assembler, plier, coudre, tresser. Le matériau technique devient textile. Le caoutchouc devient surface esthétique. La matière brute devient objet porté. De cette transformation naît une grande diversité de créations : sacs, sacoches, pochettes, bijoux, boucles d’oreilles, bracelets, ceintures, vêtements, objets de décoration. Certaines pièces sont minimalistes, presque industrielles. D’autres sont plus complexes, jouant sur les superpositions et les volumes.Le Goodyear Art ne se limite pas à une démarche artisanale. Il s’inscrit dans une logique plus large, à la fois écologique, urbaine et culturelle. Hassan Goodyear ne crée pas à partir d’une matière neuve, mais à partir d’un matériau abandonné. Il inverse la logique classique de production. Au lieu de fabriquer pour ensuite consommer, il récupère ce qui a été consommé pour recréer. Cette approche transforme le déchet en ressource, et la récupération en esthétique.

Il y a également dans son travail une dimension profondément urbaine. La chambre à air est liée au déplacement, à la ville, à la mobilité. Elle provient du vélo du quotidien, de la moto, du taxi, du camion de livraison. Elle porte la trace des rues, des routes, des usages populaires. En la transformant, Hassan Goodyear transforme aussi cette énergie du mouvement en objet durable. Ses créations deviennent des fragments de ville réassemblés.La couleur noire dominante renforce cette identité. Le noir du caoutchouc n’est pas uniforme. Il varie selon l’usure, les marques, la lumière. Il donne aux pièces une esthétique sobre, presque intemporelle.

Les objets semblent à la fois industriels et organiques. Techniques et artisanaux. Bruts et élégants.Avec le temps, le Goodyear Art devient une signature. On reconnaît immédiatement la matière, la texture, le style. Chaque pièce est unique, car chaque chambre à air a vécu une histoire différente. Aucune surface n’est identique. Aucune coupe n’est exactement la même. Le processus de fabrication conserve volontairement cette singularité.

Le travail de Hassan Goodyear dépasse ainsi le simple recyclage. Il propose une autre manière de regarder les objets. Une autre manière de produire. Une autre manière de créer. Il transforme une matière pauvre en objet désirable. Il fait passer l’invisible au visible. Le rejeté devient précieux.

Le Goodyear Art n’est pas seulement une technique. C’est une vision. Une manière de voir dans la fin des objets le début d’une nouvelle forme. Une manière de faire de l’usure une esthétique. Une manière de transformer la route en création.

Avec Hassan Goodyear, la chambre à air ne sert plus seulement à rouler. Elle devient matière vivante. Elle devient art.

Publié par Antonio Xavier

Ce que les gens disent de moi dépend toujours de qui parle. Pour ceux qui ont partagé un squat, une nuit de galère, une embrouille à régler ou un projet à monter, je suis quelqu’un sur qui on peut compter. Un type qui ne parle pas dans le vent, qui fait ce qu’il dit, qui ne lâche pas quand ça devient compliqué. On me décrit souvent comme un bâtisseur d’espaces, un créateur de mouvement. Un mec qui voit une brèche là où d’autres ne voient qu’un mur. Dans les cercles plus institutionnels, je suis un électron libre, un emmerdeur ingérable, une anomalie dans le système. Certains me respectent pour ça, d’autres me détestent parce que je ne rentre pas dans leurs cases. On m’a traité de radical, de perturbateur, d’utopiste, de manipulateur, de stratège trop lucide. Ils savent que je comprends les règles mieux qu’eux et que je peux les contourner sans jamais me laisser coincer. Pour les autorités, je suis un problème ambulant. Trop intelligent pour être un simple "squatteur", trop structuré pour être un marginal classique, trop imprévisible pour être récupérable. Ils me suivent, m’observent, cherchent à comprendre où je vais. Mais ils ne comprennent pas que je ne vais pas quelque part : je suis partout à la fois. Les médias, quand ils parlent de moi, oscillent entre fascination et incompréhension. Ils veulent me coller une étiquette : activiste, anarchiste, hackeur social, guérillero urbain. Mais ce que je fais ne rentre pas dans leurs cases. Ils préfèrent raconter des histoires édulcorées ou chercher le détail qui fera de moi un personnage plus "vendable". Et puis, il y a ceux qui ne me connaissent que de loin, qui fantasment, exagèrent, inventent. Certains me voient comme un mythe, un type qui aurait ouvert des centaines de squats, qui aurait infiltré des réseaux, qui connaîtrait tous les codes. D’autres pensent que je suis une illusion, une légende urbaine. Au final, je laisse chacun dire ce qu’il veut. Ce qui compte, ce ne sont pas les mots, c’est l’action. Ceux qui me connaissent vraiment savent que je suis là où il faut être, quand il faut agir. Le reste, c’est du bruit.

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