Nous vivons dans un monde où tout est pensé pour nous immobiliser. Depuis des décennies, les États et les institutions ont perfectionné l’art de nous assigner à résidence : logement fixe, travail fixe, horaires fixes, routines bien rodées. L’illusion du choix est maintenue, mais en réalité, la majorité des trajectoires sont verrouillées dès le départ. Ceux qui bougent trop, qui refusent de se fixer, qui remettent en question l’ordre établi sont rapidement marginalisés, criminalisés ou récupérés.
Créer du mouvement, c’est briser cette inertie imposée. Mais comment fait-on bouger ce qui semble figé ?
1. Observer les failles
Un système, aussi rigide soit-il, est toujours plein de fissures. Les règles sont pensées pour encadrer la masse, pas pour arrêter ceux qui savent où regarder. Une maison murée, un bâtiment administratif sous-exploité, un terrain laissé à l’abandon : ce qui semble invisible pour la majorité est une opportunité pour ceux qui savent voir. Dans mes premières occupations, j’ai appris à lire la ville différemment. Derrière chaque porte condamnée, il y a une possibilité.
2. Créer un point d’ancrage
Un squat n’est pas juste un toit, c’est un espace où les gens peuvent respirer, se rencontrer, imaginer autre chose. C’est un point de friction dans un monde où tout est censé couler sans heurt. Dès qu’un lieu s’ouvre, il attire des énergies, des envies, des idées. L’essentiel est de ne pas tomber dans le piège de la fixation. Un lieu doit être un tremplin, pas une fin en soi.
3. Être imprévisible
Les structures de contrôle détestent l’imprévu. Elles fonctionnent sur des schémas rigides et ont besoin d’anticiper les mouvements. Quand on devient trop lisible, on devient vulnérable. Dans mes actions, j’ai toujours veillé à ne jamais répéter un schéma trop longtemps. Ouvrir un squat d’une manière, puis d’une autre. Changer de quartier, changer de stratégie, brouiller les pistes. L’objectif est de rester insaisissable.
4. Connecter les mouvements
Un homme seul ne change pas grand-chose. Une poignée de personnes motivées peuvent créer un séisme. J’ai toujours cherché à relier les énergies, à mettre en réseau ceux qui cherchent une brèche. C’est ce qui permet d’amplifier le mouvement, de lui donner une portée qui dépasse l’action individuelle.
5. Accepter l’instabilité
Vouloir bouger, c’est accepter de ne jamais être totalement en sécurité. Ceux qui s’accrochent à un confort absolu ne créeront jamais rien. Il faut savoir être prêt à perdre un lieu, un projet, une bataille, mais toujours garder l’avantage psychologique : celui de ne jamais s’arrêter.
Créer du mouvement dans un monde figé, ce n’est pas juste une nécessité, c’est une forme de résistance. C’est refuser la fatalité, c’est montrer qu’il existe toujours une alternative, même là où tout semble verrouillé. L’immobilité, c’est la mort. Bouger, c’est rester vivant.