
Le champion qu’ils n’ont jamais vu venir (et qu’ils n’ont même pas décoré)
Il y a des types qui naissent dans la lumière, et d’autres qui forgent leur gloire dans l’ombre, à coups de poings et de silence. Affif Djelti, c’est ce genre de mec. Fils de harki, boxeur sur le tard, champion du monde IBO, éducateur populaire et poil à gratter des bureaucrates. Une vie comme un crochet du gauche : inattendue, précise, et impossible à ignorer. Sauf pour l’administration française, évidemment…
Le boxeur qui a pris le train en marche… et l’a dépassé
Né le 27 août 1959 à Sidi Lakhdar, en Algérie, il débarque enfant en France, comme beaucoup d’autres oubliés de l’histoire. Il commence la boxe à… 31 ans. Oui, 31. Là où les autres regardent le foot à la télé en grignotant des chips, lui enfile les gants. Pour boxer, oui. Mais surtout pour exister. Pour prouver que même quand on t’a rayé des radars, tu peux encore écrire ta légende.
Champion malgré tout (et surtout malgré eux)
Affif Djelti, c’est six titres de champion de France (1997-1999), un titre mondial IBO en 2000 à l’âge où d’autres rangent leur licence de sport, et un titre de champion d’Europe deux ans plus tard. 50 combats au compteur, 37 victoires dont 15 par KO. Pas mal pour un « vieux » que personne n’attendait. Pas de sponsors, pas de strass, pas de médailles accrochées au veston – surtout pas celle du travail, que l’administration française lui a tout bonnement refusée. Quarante années de combat, mais apparemment, pas le bon CV…
Quand la boxe vaut mieux qu’un ministère
Pas question pour lui de briller tout seul. Une fois les gants posés, il plonge dans les quartiers, les écoles, les centres sociaux. Il forme, il transmet, il apaise. La boxe devient son langage, et chaque entraînement un acte d’éducation populaire. En 2021, la Fédération Française de Boxe lui remet une ceinture « Prestige ». La République, elle, continue de dormir. Peut-être qu’elle attend qu’il boxe jusqu’à 90 ans pour daigner reconnaître ses années de sueur.
Un gant tendu, une parole qui percute
Affif, c’est aussi un homme de parole. Il parle des harkis, du silence d’État, des humiliations passées et des lendemains qu’il faut quand même construire. Il ne boxe plus, mais il frappe toujours — avec ses mots, ses gestes, sa présence. Il enseigne à toute une jeunesse que se relever est déjà une victoire.
Conclusion : La médaille, il l’a gravée lui-même
Ils ont refusé de lui remettre la médaille du travail ? Qu’ils la gardent. Affif Djelti n’a jamais attendu qu’on l’invite pour entrer dans le ring. Son honneur, c’est ses cicatrices. Sa reconnaissance, c’est le respect des jeunes qu’il forme. La République a oublié un de ses meilleurs combattants. Mais lui, il ne les oubliera pas non plus.
Et comme il le dit si bien : « Je suis resté debout. »