La loi est passée comme un coup de poignard dans le dos des invisibles. Sans bruit, sans débat réel, pendant que la France somnolait sous les parasols ou s’entassait dans des bus sans clim, les députés ont voté l’expulsion express, la criminalisation de la survie, la victoire totale de la propriété sur l’humain. La loi Kasbarian, c’est son nom, mais c’est bien plus que ça : c’est un manifeste anti-vie, un texte froid comme les murs qu’on laisse vides pendant des années, un décret de guerre contre les pauvres. Elle prétend protéger les « petits propriétaires », mais dans la réalité, ce sont les gros qui trinquent le champagne : les marchands de sommeil, les foncières, les banques, les héritiers absents, les sociétés d’investissement qui laissent des milliers de mètres carrés sans âme ni usage. Cette loi permet désormais l’expulsion sans décision de justice, l’intervention directe des forces de l’ordre, sans recours réel pour celles et ceux qui n’ont que leur corps pour abri, que leur instinct pour guide. Habiter devient un acte illégal. Récupérer un lieu mort devient une menace pour l’ordre établi. Vivre, c’est squatter, et squatter c’est risquer la prison. Mais ce qu’ils ne comprennent pas, c’est que nous ne sommes pas des criminels : nous sommes les médecins du vide, les réparateurs de ruines, les poètes du provisoire. Nous habitons là où leur système abandonne. Nous ne possédons rien, mais nous faisons tout vivre. Ils ont les lois, nous avons la légitimité. Ils ont la propriété, nous avons le besoin. Ils ont le droit mort, nous avons la vie en lutte. Bloc Zéro ne plie pas. Nous habitons les interstices, les failles, les replis de béton que leur société rejette. Nous sommes la réponse aux urgences qu’ils ne veulent pas voir. Et chaque nouvelle loi contre nous ne fait que confirmer une chose : nous sommes sur le bon chemin. Tant qu’il y aura des murs, il y aura des gens pour les franchir. Tant qu’ils préféreront les logements vides aux vies pleines, nous serons là, en travers.
Ce que les gens disent de moi dépend toujours de qui parle.
Pour ceux qui ont partagé un squat, une nuit de galère, une embrouille à régler ou un projet à monter, je suis quelqu’un sur qui on peut compter. Un type qui ne parle pas dans le vent, qui fait ce qu’il dit, qui ne lâche pas quand ça devient compliqué. On me décrit souvent comme un bâtisseur d’espaces, un créateur de mouvement. Un mec qui voit une brèche là où d’autres ne voient qu’un mur.
Dans les cercles plus institutionnels, je suis un électron libre, un emmerdeur ingérable, une anomalie dans le système. Certains me respectent pour ça, d’autres me détestent parce que je ne rentre pas dans leurs cases. On m’a traité de radical, de perturbateur, d’utopiste, de manipulateur, de stratège trop lucide. Ils savent que je comprends les règles mieux qu’eux et que je peux les contourner sans jamais me laisser coincer.
Pour les autorités, je suis un problème ambulant. Trop intelligent pour être un simple "squatteur", trop structuré pour être un marginal classique, trop imprévisible pour être récupérable. Ils me suivent, m’observent, cherchent à comprendre où je vais. Mais ils ne comprennent pas que je ne vais pas quelque part : je suis partout à la fois.
Les médias, quand ils parlent de moi, oscillent entre fascination et incompréhension. Ils veulent me coller une étiquette : activiste, anarchiste, hackeur social, guérillero urbain. Mais ce que je fais ne rentre pas dans leurs cases. Ils préfèrent raconter des histoires édulcorées ou chercher le détail qui fera de moi un personnage plus "vendable".
Et puis, il y a ceux qui ne me connaissent que de loin, qui fantasment, exagèrent, inventent. Certains me voient comme un mythe, un type qui aurait ouvert des centaines de squats, qui aurait infiltré des réseaux, qui connaîtrait tous les codes. D’autres pensent que je suis une illusion, une légende urbaine.
Au final, je laisse chacun dire ce qu’il veut. Ce qui compte, ce ne sont pas les mots, c’est l’action. Ceux qui me connaissent vraiment savent que je suis là où il faut être, quand il faut agir. Le reste, c’est du bruit.
Voir plus d’articles